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La course inégale aux minerais de la transition énergétique

17 mars 2025

La course inégale aux minerais de la transition énergétique

Tags : RDC

Face à l’urgence climatique, la transition vers les énergies renouvelables entraîne une explosion de la demande pour les minerais dits « stratégiques ». Mais au-delà de cette course aux ressources, une réalité qui devient difficile à ignorer : l’exploitation de ces minerais provoque une déforestation, la contamination des sols et des eaux, des conditions de travail précaires et exacerbe l’insécurité. Le paradoxe est troublant : la lutte contre le réchauffement climatique risque de provoquer de nouvelles destructions écologiques et sociales.

Mine –  © Ley Uwera/Solsoc

Concentration des ressources, conséquences dramatiques

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, l'Union européenne devra considérablement augmenter ses importations : 35 fois plus de lithium (soit 800 000 tonnes par an), 26 fois plus de terres rares et plus de 3 fois la quantité actuelle de cobalt, selon une étude de l'Université KU Leuven. Cette dépendance croissante constitue un défi majeur, celui de garantir un approvisionnement stable.

La production des minerais essentiels à la transition énergétique est concentrée dans quelques pays, notamment en Afrique. La République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, détient 73 % de la production mondiale, mais la richesse minière ne profite pas à sa population. À Kolwezi, des mineurs artisanaux, travaillant dans des conditions proches de l’esclavage, contribuent à une grande partie de la production de cobalt, tandis que les multinationales réalisent des profits colossaux.

Ce modèle extractiviste génère des inégalités profondes avec des conséquences graves : pollution, destruction des écosystèmes et violations des droits humains. Cette dynamique se retrouve aussi en Asie et en Amérique latine. Partout, l’exploitation intensive des ressources naturelles mène à l’accaparement des richesses par des élites locales et des entreprises multinationales.

Des régulations mondiales nécessaires

Les régulations internationales actuelles ne suffisent pas à protéger efficacement les travailleur·euse·s, les communautés et les écosystèmes des abus des entreprises. Les principes directeurs de l'OCDE demeurent non contraignants, le règlement européen de 2017 sur les minerais de conflit ne couvre qu'un nombre restreint de minerais et d'entreprises, laissant de nombreux secteurs à l'abri de toute régulation. En parallèle, la Directive sur le devoir de vigilance des entreprises de 2024 constitue un progrès, mais comporte encore des lacunes majeures et risque d’être prochainement vidée de sa substance.

L’Union européenne, très dépendante des importations de minerais, a adopté le Critical Raw Materials Act pour sécuriser ses approvisionnements d’ici 2030. Ce plan repose sur la diversification des partenariats internationaux, la réouverture de mines en Europe, et l’investissement dans le recyclage et les substituts. Toutefois, l'absence de référence à des principes fondamentaux tels que le consentement libre, préalable et éclairé, expose les communautés locales à des violations et à la destruction de leurs écosystèmes. Un accord signé avec le Rwanda en février 2024, dans le cadre de la stratégie Global Gateway, illustre cette dérive liée à la course aux matières premières. En s’associant à un pays accusé par des experts de l’ONU de soutenir un groupe armé pillant les ressources de la RDC, l’UE trahit ses engagements et contribue à la déstabilisation régionale.

Face à ces limites, un traité international contraignant est indispensable. Il imposerait des obligations légales aux entreprises pour prévenir les violations des droits humains et les destructions environnementales, tout en offrant des recours pour les victimes.

 

Avec « Agir sans attendre »  – Appui à l’association Mwangaza : ©Ley Uwera/Solsoc

Agir sans attendre

Chez Solsoc, nous défendons une transition énergétique juste et durable, qui ne repose ni sur l'exploitation des communautés locales ni sur la destruction des écosystèmes.

En RD Congo, nous accompagnons ATRAM, un réseau de plus de 1.000 mineurs artisanaux engagés dans la défense des droits des travailleurs et travailleuses et l'amélioration de leurs conditions de travail. A travers à son plaidoyer, ATRAM milite pour un site d’exploitation légal et des salaires décents. D’autres initiatives, comme la coopérative Mwangaza, aident les femmes et les jeunes à sortir de l’exploitation minière en développant des activités agricoles et artisanales. Bien que la RD Congo dispose d’un potentiel agricole immense, avec plus de 800 000 km² de terres fertiles inexploitées, le pays reste largement dépendant du secteur minier, qui représente 30% de ses recettes publiques.

En Colombie, dans la région du Bajo Cauca, l’exploitation aurifère dans le fleuve Nechí impacte sévèrement l’environnement et les communautés locales. Le mercure, encore utilisé par l’exploitation minière illégale contamine les écosystèmes aquatiques. Les rares poissons que les pêcheurs et les pêcheuses trouvent encore sont toxiques pour leur santé. Aux côtés de notre partenaire, l’IPC, nous soutenons la Red Pluriétnica, un réseau de plus de 130 organisations locales qui lutte pour la défense de l’intégrité du fleuve, l’accès à l’eau et aux terres face à l’expansion des multinationales et des groupes armés.

Ces actions et combats incarnent une vision alternative du développement, respectueuse des droits des peuples et de la nature.

Avec « Agir sans attendre »  – Appui aux pecheurs Rio Nechí ©Ioanna Gimnopoulou/Solsoc

Vers une transition énergétique juste

La transition énergétique ne sera véritablement réussie que si elle repose sur une répartition équitable des richesses et le respect des droits des populations locales. Les initiatives en RDC et en Colombie, mises en lumière à travers la campagne JUST, montrent qu’un autre modèle de développement est possible. Il est urgent de renverser la logique capitaliste prédatrice. Seule une transformation profonde du système permettra d’assurer que la transition énergétique ne reproduise pas les injustices du passé, mais serve au contraire à construire un futur durable.

 

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